Série présence de Dieu: Elizabeth « Betty » Williams Martin de Porres Schools, New York

U N E   L I G N E   D E   B I S O U S

               Pendant une vingtaine d’années, j’ai été membre d’un groupe d’enseignants de toutes les matières auprès d’élèves de 7e et de 8e année. Nous utilisions des livres, des films, des sorties et beaucoup d’expériences touche-à-tout pour intégrer les différents styles d’apprentissages et les intelligences multiples de nos élèves. Un jour, lors d’un moment d’apprentissage sur l’holocauste, Selena s’aperçut qu’un de ses élèves de 4e portait une kippa. Elle a demandé à Daniel s’il était juif. Après sa réponse affirmative, elle l’a interrogé sur sa connaissance de l’holocauste. Daniel lui a  répondu qu’il en avait entendu parler, mais qu’il en savait peu. Il a ajouté que sa grand-mère chez qui il vivait, s’adressait souvent à des groupes au sujet de l’holocauste. Selena lui a tout de suite demandé si sa grand-mère accepterait de venir parler à nos trois classes, ce dont elle fut ravie. Elle communiqua avec le principal pour préparer une réunion spéciale.

               Le jour de la visite, on permit à Daniel d’être présent à la réunion étant donné qu’il n’avait jamais entendu sa grand-mère parler en public. Le petit groupe de 36 élèves et huit professeurs s’est rassemblé dans notre salle de réunion pour écouter son histoire. Grand-mère a expliqué qu’elle était une des « enfants cachées », présents dans un documentaire de Steven Spielberg, en collaboration avec d’autres, pour raconter l’histoire des enfants juifs sortis en contrebande de l’Allemagne Nazi et cachés dans des pays étrangers jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Elle a « rappelé avoir marché avec sa mère et son frère aîné vers un « camp de travail » pour dire au revoir à son père. Elle a ajouté que tout en lui disant « au revoir, » elle ne s’était pas rendu compte qu’elle le voyait pour la dernière fois. (Daniel était assis dans la première rangée avec une boîte de mouchoirs. Sa grand-mère lui avait dit qu’elle en aurait besoin en racontant son histoire).

               Nous avons vu sa grand-mère sortir d’un sac en linge une toute petite robe brodée qu’elle portait à l’âge de cinq ans quand sa mère l’a amenée à la même gare de chemin de fer une semaine plus tard afin de rejoindre des centaines d’enfants recueillis par un groupe humanitaire pour un « voyage » vers une destination inconnue. Elle a rappelé qu’elle avait passé les quelques années qui ont suivi dans une famille qui, a-t-elle découvert, était probablement belge. Elle et deux autres enfants sont restés dans un grenier la plupart du temps. Ils étaient toutefois autorisés à jouer dehors pendant quelques heures. À la fin de la guerre, ces orphelins ont eu beaucoup de difficulté à retrouver leur famille. Il y en a qui n’ont jamais retrouvé de parents.

               Pendant que la grand-mère de Daniel nous racontait son histoire pour retrouver sa mère et son frère qui avaient survécu aux camps de concentration, elle s’est souvent essuyé les yeux. La famille réunie a émigré aux États-Unis puis, plus tard, en Israël. Grand-mère s’est mariée, a élevé une famille et s’est établie à New York. Elle a dit aux auditeurs qu’elle occupe maintenant une partie de son temps à partager ce que fut l’holocauste afin que ça ne se répète jamais.

               Le groupe était très silencieux lorsqu’elle nous a invités à poser des questions. Une seule main hésitante s’est levée. C’était l’amie de Daniel, Selena. Dans une voix toute tremblante, elle demanda : « Est-ce que ça serait correct que je vous embrasse? » Quand grand-mère, en pleurs, a signifié que oui, les élèves, un à un, s’alignèrent en silence et baisèrent cette femme qui avait été tellement éprouvée. Assurément, nous étions en la sainte présence de Dieu. Elizabeth « Betty » Williams Martin de Porres Schools, New York

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