Réflexion lasallienne de février: Une partie bien jouée

« Il est tout à fait contre la bienséance de s’échauffer au jeu; il ne faut pas cependant s’y négliger, ni se laisser perdre par complaisance, afin de ne pas laisser croire à la personne avec qui on joue, qu’on se met peu en peine de contribuer à son divertissement dans une partie bien jouée. »

 –  Saint Jean-Baptiste de La Salle – Règles de la bienséance, 2e partie, chapitre 5, article 3, 390

Et nous voici au Super Bowl de dimanche, la chose la plus proche d’une expression rituelle nationale de notre dévotion profonde pour le sport. Fan de football ou non, il y a plus 100 000 000 d’entre nous qui nous unissons pour encourager notre équipe préférée, pour consommer nos goûtés préférés, pour nous asseoir et discuter des mérites des joueurs en présence de nos amis et généralement installés dans un douillet après-midi relaxant qui n’a d’égal que l’anxiété et le professionnalisme des joueurs impliqués. (Les joueurs gagnants remportent plus de $100 000 et une bague d’une valeur de $35 000.)

De La Salle a compris la dynamique et les aspects positifs des jeux et des sports. Il a écrit sur les types de jeux que les garçons de quartiers défavorisés au 17e siècle en France connaissaient et aimaient en dehors de l’école… et parfois même pendant l’école. Voici quelques exemples tirés du livre qu’il a écrit sur la politesse, un livre qui a été utilisé comme un manuel de lecture dans ses écoles, afin que ces garçons 10 à 13 ans apprennent quelque chose d’utile en plus de parfaire leurs compétences de lecture :

  • “On peut jouer à plusieurs sortes de jeux, dont les uns exercent plus l’esprit, et les autres exercent particulièrement le corps.
  • « Il y a des jeux qui sont tellement du hasard (…) qu’ils sont non seulement défendus par la loi de Dieu, mais qu’il n’est pas même permis d’y jouer, selon les règles de la bienséance. Ainsi ils doivent être regardés comme indignes d’une personne qui a de l’éducation”
  • “Il est très incivil de se moquer de quelqu’un qui aurait manqué d’adresse en jouant.
  • “Il y a particulièrement deux passions auxquelles on doit prendre garde de ne se pas laisser aller dans le jeu: la première est l’avarice, et c’est celle aussi ordinairement qui est la source de la seconde, qui est l’impatience et les emportements.

En tant qu’enseignants et entraîneurs, nous pouvons aussi apprendre de De La Salle sur qui nous sommes et comment ce que nous faisons en influence d’autres, autant ou sinon plus que ce que nos paroles peuvent produire comme effet.

“L’exemple fait beaucoup plus d’impression sur l’esprit et sur le coeur, que non pas les paroles, principalement sur celui des enfants, qui n’ayant pas encore l’esprit assez capable de réflexion, se forment ordinairement sur l’exemple de leurs maîtres, se portant plus à faire ce qu’ils leur voient faire que ce qu’ils leur entendent dire, surtout lorsque leurs paroles ne sont pas conformes à leurs actions..” (Med. 202.3)

Une section de la Conduite des écoles (1720), dresse une liste réaliste et toujours actuelle des six manières qu’un enseignant [ou un entraîneur] peut être insupportable pour ses élèves. [1] On remarquera qu’il parle d’enseignants étant insupportables, pas d’élèves malcommodes. Avec quelques légères modifications, voici comment cet article de la conduite des écoles pourrait être appliqué aux entraîneurs et aux sports :

  • Tout d’abord, les corrections de l’entraîneur sont trop rigoureuses et le fardeau que l’entraîneur impose aux athlètes est trop lourd. Cette situation est souvent due au manque de délicatesse et de jugement de la part de l’entraîneur. Il arrive souvent que les athlètes n’aient pas assez de force physique ou mentale pour supporter ces charges, qui souvent les submergent.
  • Deuxièmement, lorsque l’entraîneur enjoint, commande ou demande quelque chose aux athlètes avec des mots trop sévères et d’une manière trop dominatrice. La conduite de l’entraîneur est surtout insupportable lorsqu’il éclate d’impatience ou de colère.
  • Troisièmement, lorsque l’entraîneur est trop tenace en exhortant un athlète à accomplir des performances pour lesquelles l’athlète n’est pas disposé, et sans que l’entraîneur ne donne à l’athlète, le loisir ou le temps d’y parvenir.
  • Quatrièmement, lorsque l’entraîneur exige avec une même ardeur les petites choses, aussi bien que les grandes.
  • Cinquièmement, quand l’entraîneur rejette d’emblée les raisons et les excuses des jeunes, ne les voulant nullement écouter.
  • Sixièmement enfin, lorsque ne considérant pas soi-même suffisamment ses propres défauts, l’entraîneur ne sait pas compatir aux infirmités des jeunes, exagérant trop leurs défauts, et lorsqu’il les reprend ou punit, lui semblant plutôt mouvoir ou agir sur un instrument insensible, que sur une créature capable de raison.

Alors, quand vous regardez le prochain Super Bowl, repensez à ces choses et voyez s’il serait utile de texter les conseils de De La Salle aux joueurs et aux entraîneurs afin de rendre possible « une partie bien jouée. »

Frère George Van Grieken, FSC


[1]  Dans la Conduite de écoles, il y a aussi une section qui répertorie les six façons dont le laxisme de l’enseignant (entraîneur) mène à une conduite des enfants, négligente et relâchée, mais il n’y a pas assez d’espace dans cette réflexion pour les énumérer. Il serait néanmoins intéressant d’y jeter un oeil. On peut les lire ici : Conduite des écoles, CE 15,0,16-22

Note: cette réflexion lasallienne est tirée du Blogue de Frère George Van Grieken qu’on peut lire sur le site de Lasallian Resource Center au: lasallianresources.org

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