Série présence de Dieu: Le feu d’une double passion.

              Notre spiritualité lasallienne nous ouvre à la réalité et à ses besoins avec les yeux de Dieu, sous son regard attentif. Le pape François nous dit que notre relation avec Dieu est un jeu de regards. L’esprit de foi et de zèle remplit pour nous un rôle d’unification qui nous fait considérer la réalité, non seulement comme profane ou sacrée, mais comme sacrement. Tout nous révèle Dieu. Nous « reconnaissons Jésus au-delà des pauvres haillons des enfants » (Méd. 96.3). L’école, « l’oeuvre de Dieu, » devient un lieu théologique où le Frère, par son amour réel et concret pour les jeunes, rend le visage de Dieu visible. Pour cette raison, nous parlons aujourd’hui de mysticisme les yeux ouverts.

               Pour notre spiritualité, cela signifie que le monde, loin d’être un obstacle à la rencontre de Dieu, est la façon normale par laquelle Dieu se manifeste à nous : comme présence ou absence, mais toujours à partir de l’initiative de son amour gratuit. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. » (Jn 3, 16) Et le monde est, en même temps, le lieu où nous devons prolonger cette présence.

               Notre participation à la gloire et à la vie de la Trinité fait de nous des disciples de Jésus, envoyés par le Père et témoins de son amour révélé en Jésus, avec la puissance de l’Esprit pour la vie du monde. Cette expérience, contemplative et pleine d’action, nous fait nous sentir, selon les mots de Teilhard de Chardin, comme enfants du ciel et enfants de la terre en profonde unité intérieure sans que l’une noie l’autre. C’est pourquoi nous devons porter dans notre cœur le feu d’une double passion : une passion pour Dieu et une passion pour les jeunes que Dieu nous confie, surtout les plus vulnérables, les moins aimés, ceux qui ne voient pas de sens à leur vie fragile.

               J’ai constaté cela de manière toute spéciale pendant les années que j’ai passées au Guatemala, alors qu’il y avait une vraie persécution contre l’Église et où les Frères en ont souffert les conséquences avec les pauvres jeunes indigènes. C’est pendant ces années que Frère James Miller a témoigné, de son sang, son amour profond pour les jeunes. Comme directeur de l’Institut Indigène de la ville de Guatemala, l’endroit qui préparait les professeurs de campagne pour tout le pays, j’ai été capable de découvrir Dieu chez les pauvres gens simples, tout pleins de valeurs humaines, à cause principalement de leurs souffrances. Ces gens crucifiés m’ont révélé un Dieu qui donne sa vie pour nous, jusqu’au bout, et qui, en dépit de tout, est toujours proche des plus humbles et des plus vulnérables.

               Je fais miennes les paroles de Elie Wiesel quand il nous parle, dans son livre nuit, de sa première nuit dans le camp de concentration d’Auschwitz. Confronté à la terrible perspective de l’exécution d’un enfant, il nous partage ses sentiments au sujet d’un garçon juif de 14 ans qui entend un homme dire : « Pour l’amour de Dieu, où est Dieu? » Wiesel se rappelle : « Et, de mon intérieur j’ai entendu une voix : « Où il est? C’est ici, pendu à la potence… » Oui, Dieu était dans plus de 30 de nos professeurs indigènes qui ont été tués pendant ces années. Dieu était dans le témoignage d’amour et de don de soi de Frère James Miller, et de tant de religieux hommes et femmes qui ont offert leur vie. Dieu était dans les milliers d’orphelins, les innocentes victimes du conflit et les femmes abusées. Dieu était dans tous ceux et celles qui ont travaillé pour la paix.

               Cela a été une expérience de la présence de Dieu, dans ma vie, que je n’oublierai jamais.

Frère Alvaro Rodriguez Echeverria, FSC

District d’Amérique centrale

Les commentaires sont fermés.

404