Réflexion lasallienne de mars: D’ici à l’éternité.

Vous avez un martyre continuel à souffrir, qui n’est pas moins violent pour l’esprit, que l’était celui de saint Barthélemy pour le corps: vous devez, pour ainsi parler, arracher votre propre peau, qui est ce que saint Paul appelle le vieil homme, pour vous revêtir de l’esprit de Jésus-Christ, qui est, selon le même apôtre, le nouvel homme. Que ce soit donc là votre application pendant toute votre vie, afin que vous deveniez véritablement disciples de Jésus-Christ, et imitateurs de ce saint Apôtre dans son martyre. –  Saint Jean-Baptiste de La Salle [1]

Le Carême est commencé et la perspective de «mortification», de «jeûne» et de «discipline» n’est sur la « to do list » de quiconque de mes connaissances. La plupart d’entre nous voient cette période de préparation à Pâques comme la saison la «moins amusante» de l’année liturgique; pas de chansons joyeuses de Carême comme dans le temps de Noël, et pas mal moins de décorations scintillantes. Mais il faut bien dire que le Carême a eu longtemps une mauvaise réputation. Comme Anthony Bloom le dit si bien, «contrairement à ce que beaucoup pensent ou ressentent, le Carême est un temps de joie. C’est un moment où nous revenons à la vie. C’est un moment où nous secouons ce qui est mauvais et source de mort en nous afin de pouvoir vivre. Vivre avec toute l’immensité, toute la profondeur, et toute l’intensité à laquelle nous sommes appelés… Cette notion de joie qui est liée à l’effort, avec une entreprise ascétique, avec un effort intense peut en effet sembler étrange, et pourtant elle traverse toute notre vie spirituelle, à travers la vie de l’église et la vie de l’Évangile. »[2] Si nous voulons être comme Jésus, si nous voulons faire advenir le règne de Dieu au milieu de nous, alors nous devons réaliser que le Royaume de Dieu est quelque chose à conquérir. Il n’est pas simplement donné à ceux qui tranquillement, paresseusement,  attendent sa venue.

Donc, si nous voulons prendre le Carême au sérieux, il y a du travail en jeu. Et comme pour toutes les choses spirituelles dans notre vie, ce travail est une question de désir, de conduite et de discipline. Nous avons tous besoin d’un entraîneur de Carême!

Que ferait un entraîneur de Carême? La réponse dépend de la personne qui reçoit le coaching. Le contexte unique, les intérêts, les talents, les habitudes et les aspirations de chaque individu sont mis en jeu dans toute démarche de coaching. Mais les entraîneurs savent aussi que certaines choses générales sont vraies à peu près toujours: c’est-à-dire que vous devez motiver les gens, vous devez leur montrer comment faire les choses correctement, et vous les devez amener à pratiquer les mouvements de base maintes et maintes et encore maintes fois. Le fait est que les athlètes de tout acabit sont heureux de faire cet effort pour le sport, mais peu sont disposés à faire cet effort pour leur vie spirituelle. Pourquoi? Et à quoi cet effort ressemblerait-t-il si vous aviez effectivement suivi le meilleur entraîneur de Carême cette année?

Jean-Baptiste de La Salle, notre coach Lasallien, «met l’accent sur la fidélité aux devoirs de l’État, le respect des exercices spirituels quotidiens, l’attention aux petites choses; bref, sur la mortification de l’esprit et de la pensée. De la salle exhorte ses disciples à accepter, et même à aimer, les souffrances du jour en imitant leur maître, Jésus-Christ, et en vivant le mystère pascal, ou simplement comme condition de la vie chrétienne.[3] Il pointe le chemin vers notre meilleur entraîneur pour la saison du Carême. Voyez-vous de qui je parle?

Ce meilleur entraîneur de Carême est Jésus lui-même; ce qu’il dit dans les lectures pendant le Carême, ce qu’il nous montre dans ses actions pendant le Carême, et ce à quoi il nous invite dans les liturgies de la semaine Sainte. C’est bien là le meilleur entraîneur pour notre vie spirituelle. Tout ce que nous avons à faire est de prendre son coaching au sérieux: prêter attention à la façon dont il nous motive, apprendre à faire les choses correctement, et de pratiquer les bases maintes et maintes et maintes fois.

À quoi ressemblerait le résultat? Voici un exemple: «À quelle fréquence quelqu’un implore-t-il de l’aide et nous ne saisissons rien? Combien de fois notre cœur a-t-il été agité et notre esprit a commencé à comprendre, mais nous n’avons pas été habitués à nous remettre en question, puis notre volonté se fait hésitante, jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Apprenons tout d’abord à être reconnaissants de ce que Dieu nous donne la possibilité de faire le bien, au lieu de nous conforter dans le soin de nous-mêmes en premier. Et puis, graduellement, nous pouvons apprendre à être humble d’une manière discrète, sans déclarer que nous sommes indignes, mais en posture d’adoration de la grandeur de Dieu, dans la vénération d’autres personnes, dans la volonté de nous oublier complètement pour le bien de Dieu, pour le bien de toute personne qui nous rencontre et nous met au défi d’être compatissant, d’être aimant, d’être compréhensif.[4]

Le Carême est une invitation à suivre notre coach d’ici à l’éternité.


[1] Méditations pour les Fêtes  no. 159.3

[2] Bloom, Anthony – http://mitras.ru/eng/eng_19.htm

[3] Rodrigue, Jean-Guy – Introduction aux Méditations

[4] Bloom, Anthony – http://www.mitras.ru/eng/eng_155.htm

Note: cette réflexion lasallienne est tirée du Blogue de Frère George Van Grieken qu’on peut lire sur le site de Lasallian Resource Center au: lasallianresources.org

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