Réflexion lasallienne d’avril

« Plus vous vous conduirez avec simplicité à l’égard de ce qui s’observe [dans la Règle], et plus la pratique vous en deviendra aisée. »

–  Saint Jean Baptiste de La Salle 1

Pour ceux d’entre vous qui ont été à Disneyland, et pas seulement pour une visite-éclair, mais pour une visite complète, pourrez certainement communier à mon expérience récente d’un tel concentré de plaisir. Le souvenir me revient d’un moment heureux où, de nombreuses années auparavant, un autre frère et moi avions passé quelque temps à Orlando pour observer des oiseaux et aller dans les parcs thématiques Disney. Un jour, nous regardions tranquillement les oiseaux tout en déambulant à travers Sanibel Island, qui est un magnifique sanctuaire d’oiseaux. Le jour suivant, à Disneyland, nous étions à nous précipiter de-ci de-là, en passant d’une belle expérience artificielle à l’autre. Je dois dire que j’ai tout apprécié. Mais je dois aussi admettre que ce dont je me souviens, ce qui a pris racine en moi, et ce qui est le plus cher à mon cœur encore aujourd’hui, sont les jours d’observation d’oiseaux. Il y a une profondeur et une richesse dans la simplicité complexe de la nature qui l’emporte enfin et facilement sur la simple complexité des parcs thématiques. Chesterton a écrit, « Les hommes se précipitent vers la complexité; mais aspirent à la simplicité. » 2  Et pour l’éducation, « l’objet principal de l’éducation devrait être de rétablir la simplicité. Et, pour ainsi dire, le principal objet de l’éducation n’est pas d’apprendre des choses; non, le principal objet de l’éducation est de désapprendre les choses. » 3

Jean-Baptiste de La Salle et ses premiers frères le savaient bien. Certaines choses doivent être apprises et d’autres choses doivent être désapprises pour que l’éducation réelle puisse se produire. Et cela est particulièrement vrai dans le développement des nouveaux enseignants. Dans le « mode d’emploi de l’école lasallienne » des débuts, La conduite des écoles chrétiennes (1720), il existe une vaste annexe dédiée simplement à la formation de nouveaux enseignants. En voici les premières lignes: « Cette section sur la formation des enseignants comprend deux volets: (1) faire perdre aux nouveaux enseignants les traits qu’ils ont, et qu’ils ne devraient pas avoir; et (2) leur faire acquérir les traits qui manquent, et qui sont indispensables pour eux. 4 (Remarquez que le désapprentissage vient en premier.) Parmi les quinze traits énumérés qui doivent être déconstruits, on retrouve : trop parler, l’impatience, la familiarité excessive, et la partialité. Pour chacun, une description complète de la caractéristique est suivie par la façon dont elle peut être corrigée, avec des suggestions spécifiques. Les dix traits qui doivent être acquis incluent le professionnalisme, la prudence, les manières gagnantes, et la décision. Chacun d’eux est également entièrement décrit et comprend des suggestions quant à la façon de l’acquérir.

Cette approche pourrait facilement s’appliquer à nous-mêmes. Comme nous sommes encore en Carême, y a-t-il des choses que nous devrions désapprendre, des habitudes que nous pourrions déconstruire, des pensées ou des actions ou des tendances qui méritent notre attention? De même, et après avoir commencé à démanteler certains de ces traits moins utiles, y a-t-il des habitudes que nous pourrions cultiver, et des pensées ou des actions ou des tendances qui méritent d’être développées, ou du moins entreprises? Juste à penser à tout cela et je me revois encore marcher dans une rue principale bondée à Disneyland. Par où commencer? À quoi prêter attention? Quel magasin dois-je fureter? Cela ne semble pas être un processus simple.

La citation de De La Salle sur la simplicité peut être utile ici. Qu’est-ce que cela signifierait que d’ «agir avec simplicité» lorsqu’on aborde des domaines personnels qui méritent notre attention? Pour moi, l’expérience de Sanibel Island est la pierre de touche de la simplicité. Qu’est-ce qui vous apporte la simplicité, la paix et une tranquillité d’esprit? Où sont les choses importantes que l’on s’autorise à faire ressortir du chaos de la vie quotidienne pour mieux respirer? Ces lieux de simplicité, qui exigent maintenant l’intentionnalité et l’effort, permettent aux petites choses d’émerger, permettent aux oiseaux d’être entendus et vus. Une brève réflexion quotidienne sur les leçons apprises ce jour-là fut la pratique des ordres religieux depuis des siècles. Aujourd’hui, même les PDG les plus prestigieux ont découvert ses avantages,5 soutenu en cela par une étude de Harvard qui nous révèle que ceux qui le font connaissaient 23% plus de succès que ceux qui ne le font pas.6

Enfin, la simplicité exige de l’ampleur, de l’espace dans nos vies, mais, de nos jours,  ce n’est pas la valeur qui reçoit l’essentiel de notre attention. Nos âmes sont comme la nature, en portant une simplicité profondément complexe qui exige une portée plus large. Enfin, « C’est un point de vue fondamental, une philosophie ou une religion qui est nécessaire, et non un simple changement d’habitude ou de routine sociale. Les choses dont nous avons le plus besoin pour des raisons pratiques immédiates sont toutes des abstractions. Nous avons besoin d’une vue franche de ce qu’est être humain, d’une vision droite de la société humaine… Le désir et le danger ramènent bien vite le « simple » en nous. «N’ayez aucune idée de ce que vous mangerez ou de ce que vous buvez, ou de quoi vous serez vêtus… Mais cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses seront ajoutées à vous. » Ces mots étonnants ne sont pas seulement extraordinairement bons ou un code de vie pratique; ils sont également une source superlativement riche d’hygiène. La seule façon suprême de faire bien tous ces processus de santé, de force, de grâce, et de beauté… est de penser à autre chose.7

Comme le Carême évolue vers la semaine sainte, peut-être vaut-il la peine de penser à quelque chose d’autre, quelque chose de plus comme l’île de Sanibel que comme Disneyland. La simplicité n’a que faire d’une parade.

Frère George Van Grieken, FSC


Pour une version pdf de l’orifginal en anglais 

Note: cette réflexion lasallienne est tirée du Blogue de Frère George Van Grieken qu’on peut lire sur le site de Lasallian Resource Center au: lasallianresources.org

[1] De La Salle, Jean-Baptiste, Méditations pour les fêtes (MF 142.3)

[2] Chesteron, G.K., The Complete Works (2014). Chapter X – The Moral Of Stevenson

[3] Chesteron, G.K.,  All Things Considered (1908). https://www.azquotes.com/quote/1253779

[4] De La Salle, John Baptist. Conduct of Christian Schools. Translated by Richard Arnandez and William Mann. Edited by Richard Arnandez and William Mann. Moraga, CA: Buttimer Institute of Lasallian Studies, 1989. Pg. 255, ff.

[5] https://tinyurl.com/yya5bggm

[6] https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2414478

[7] Chesteron, G.K., Heretics. (1906)

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