Réflexion lasallienne – juin 2019 : Que ferez-vous de votre été?

Pour moi, je n’aime pas à m’avancer en aucune chose (…). Il faut que la Providence s’avance la première et je suis content. Quand il semble que je n’agis que par ses ordres, je n’ai point de reproche à me faire au lieu que quand j’entreprends, c’est toujours moi et je n’en attends pas de fort bonnes suites, ni Dieu qui n’y donne pas ordinairement une grande bénédiction.

– Jean-Baptiste de La Salle – [1]

La vie de De La Salle brillait avec une adhésion radicale à la Divine Providence, la conviction que Dieu nous parle à travers les gens, les circonstances, les événements et les demandes qui surgissent au cours de nos affaires quotidiennes; pas le destin, la chance, le hasard, ou la coïncidence, mais bien les invitations de Dieu à se déplacer dans une certaine direction, faire une certaine chose, répondre d’une certaine manière. C’est comme le regard d’un jeune enfant envers son parent, très conscient des nombreuses façons dont le souci, la direction, l’intérêt et les soins sont communiqués non verbalement. C’est le langage de l’attention amoureuse, de la contemplation.

Pourtant, il y a un autre aspect qui pourrait être facilement négligé. C’est-à-dire, qu’il savait que vous devez réellement être en état de faire quelque chose pour en découvrir une autre. En fait, vous devez agir pour aller de l’avant. Un des éléments frappants au sujet de De La salle c’est qu’il a agi, il a répondu. Il n’a pas seulement pensé « Oh, la, la. Je ferais mieux de faire quelque chose à ce sujet un jour. »  Au lieu de cela, il écoutait attentivement, priait profondément, pensait avec ferveur, consultait largement, concluait courageusement et agissait avec confiance.

 Cette combinaison de confiance radicale et d’action consciente, de foi et de zèle, si vous préférez, a le mérite d’être congruente à l’égard de notre engagement contemporain avec la tradition chrétienne. Il y a quelques années, le magazine America passait en revue un livre avec lequel il était en désaccord avec son contenu, tout en admettant que l’auteur a eu raison dans  « … son insistance constante à ce que, pour être chrétien aujourd’hui (pour porter le nom du Christ dans la vérité ainsi que dans le titre) nous devons réapprendre deux choses: la pratique et la discipline. » … Quand il s’agit de la façon dont nous construisons les personnes chrétiennes, comment nous devenons chrétien dans l’habitude autant que dans l’esprit, «ce que nous pensons n’a pas autant d’importance que ce que nous faisons, et comment nous sommes fidèles à le faire. » [2]L’importance frémissante de cet accent sur les pratiques peut être mieux vu quand nous remarquons que nous sommes, tous autant que nous sommes, formés par les choses que nous faisons tous les jours. Comme le philosophe Will Durant l’a mis dans sa synthèse d’Aristote: «nous sommes ce que nous faisons à maintes reprises.» Et que faisons-nous à tous les jours? Nous vérifions nos téléphones; nous regardons nos téléviseurs; Nous conduisons nos voitures. Nous effectuons ces «liturgies culturelles» par cœur (Telles qu’identifié par James K.A. Smith). Ces rituels s’enfoncent si profondément en nous qu’ils deviennent une mémoire musculaire. Ce sont ces actions répétées qui façonnent nos habitudes, nos habitudes qui façonnent notre caractère, nos personnages qui façonnent nos goûts et nos goûts qui façonnent nous-mêmes.[3]

C’est une longue citation, mais chaque mot nous ramène à notre capacité à être conscient de la Providence de Dieu. Le langage de l’attention mutuelle avec Dieu peut-il survivre au milieu des habitudes qui sont pour nous une deuxième nature? Avons-nous des habitudes qui nous font ressentir Dieu ou la vie de Dieu au milieu de nous? Le soin providentiel de Dieu justifie une capacité cultivée pour conscientiser habituellement cette présence. Mais ce n’est pas très facile aujourd’hui. Selon un autre auteur, « la convergence de deux grandes tendances à notre époque appelle à une nouvelle évaluation des barrières de la foi. … Ces deux grandes tendances sont (1) la pratique de l’engagement continu dans des activités immédiatement gratifiantes qui résistent à la réflexion et à la méditation, et (2) la croissance de la laïcité, définie comme un État dans lequel le théisme est considéré comme l’un des nombreux choix visibles pour les humains plénitude et de satisfaction, et dans lequel le transcendant se sent de moins en moins plausible.[4] La solution qu’il propose est justement le titre de son livre : « Témoin dérangeant : dire la vérité dans une ère de distractions. »

La combinaison de la prière et de la pratique du Fondateur des Frères des Écoles Chrétiennes, de la confiance et de l’action, de la foi et du zèle, était tout aussi difficile dans son temps qu’aujourd’hui. Alors comme maintenant, vous ne pouvez pas simplement penser à votre chemin vers le salut. Si nous vivons à un moment où notre attention est structurée par des habitudes largement inconscientes induites et façonnées par la culture populaire, alors il est logique de 1) être conscient de cette dynamique dans nos vies, 2) trouver des occasions de prendre du recul et au-delà de ces habitudes, et 3) inclure quelques-unes de ces pratiques et de la discipline qui résonnent avec nos convictions profondes de foi. Sans de telles mesures simples, la «vie de désespoir silencieux» de Thoreau reste l’option indigne par défaut pour la plupart.

Alors, qu’allez-vous faire de votre été?

Frère George Van Grieken, FSC

Note: cette réflexion lasallienne est tirée du Blogue de Frère George Van Grieken qu’on peut lire sur le site de Lasallian Resource Center au: lasallianresources.org

Pour accéder à la réflexion originale en anglais  ICI.
[1] De La Salle, John Baptist. The Letters. Translated by Colman Molloy, FSC. Edited by Colman Molloy and Augustine Loes. Romeoville, IL: Lasallian Publications, 1988. Pg. 75 Référence en français: LA 018, 17-18 dans les Œuvres complètes
[2] Dreher, Rod. The Benedict Option: a Strategy for Christians in a Post-Christian Nation. Sentinel, an Imprint of Penguin Random House LLC, 2018. Pg. 52.
[3] Gilger, Patrick. America Magazine.  April 17, 2017. “Navigating the Benedict Option” Pg. 20.
[4] Noble, Alan. Disruptive Witness: Speaking Truth in a Distracted Age. InterVarsity Press, 2018. Pg. 2

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