Réflexion lasallienne novembre 2020 – Les détails vécus ont leur importance

Réflexion lasallienne novembre 2020 – Les détails vécus ont leur importance

“Il est surprenant que la plupart des chrétiens considèrent la bienséance et la politesse comme de simples qualités humaines et mondaines et ne pensent pas à élever leur esprit à des vues plus élevées en les considérant comme des vertus qui sont liées à Dieu, à leur prochain et à eux-mêmes.”
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 Saint-Jean Baptiste de La Salle [1] –

Mes parents ont déménagé notre famille aux États-Unis quand ils avaient 41 et 40 ans  avec leurs cinq enfants, dont un bébé. Mon père est mort d’un cancer à l’âge de 68 ans. Ma mère en a pris grand soin au cours de ses dernières années de vie. Devenue soudainement seule dans un pays différent, avec, pour seule aide mon plus jeune frère à la maison, elle se sentait à la dérive. Mais elle savait qu’elle devait faire quelque chose pour reprendre les choses en main. Quand je lui ai demandé plus tard comment elle s’en était sortie, elle m’a répondu : « J’ai arraché des mauvaises herbes. » Chaque jour elle allait dans la cour arrière, et, à quatre pattes, arrachait les mauvaises herbes de la pelouse. C’est ce qui a fonctionné pour elle.

Les détails vécus de ce que nous faisons influencent la façon dont nous percevons les choses et la cohérence du monde, façonnant ainsi la réalité vécue en quelque chose de plus grand, qui nous interpelle personnellement ou collectivement.

Dans le monde lasallien, ces détails sont vécus dans les écoles, les salles de classe et l’enseignement. Les trois livres essentiels de De La Salle, (dont le premier qui a été rédigé avec ses Frères-professeurs), excellaient dans leur niveau de détail : La conduite des écoles chrétiennes (Comment démarrer et diriger une école chrétienne),  Les règles de la bienséance et de la civilité chrétienne  (Comment les élèves devraient être et agir comme personne chrétienne), et les Méditations  (Comment réfléchir et prier en tant qu’enseignant chrétien).

Dans La conduite des écoles, les détails de la méthodologie d’enseignement ont servi l’objectif de la leçon. Un historien a écrit : « De La Salle a exigé des élèves qu’ils expliquent ce qu’ils avaient lu. (…) L’enseignant doit avoir lu attentivement et étudié à l’avance le matériel qu’on demanderait aux élèves de lire. (…) Par-dessus tout, il devait interroger les élèves pour vérifier s’ils pouvaient appliquer à eux-mêmes ce qu’ils avaient lu, étant donné qu’ils n’auraient pas pu faire ce qu’ils ne comprennent pas. [2]  Dans Les règles de la bienséance, son comportement fait référence à Dieu, au prochain et à soi-même à travers les détails de la vie quotidienne. Il y a tout un chapitre sur le bâillement, le crachement et la toux, et des sections qui traitent de l’habillement et la décence dans le vêtement, la façon de manger de la soupe et la façon d’avoir des conversations avec les autres : « Vous n’avez pas besoin de vous abstenir entièrement de cracher. (…) Il est nécessaire lorsque vous êtes (…) dans des endroits qui sont habituellement gardés propres que vous tournez de côté légèrement et cracher dans votre mouchoir. … Après avoir craché dans votre mouchoir, pliez-le immédiatement sans le regarder, et remplacez-le dans votre poche. » [3] Et, à la fin de chacune des Méditations, cette dernière interpelle directement la vie concrète et la disposition quotidienne de l’enseignant : « Ne soyez donc pas si peu sensés, si peu raisonnables et si peu chrétiens, que de prétendre de n’avoir rien à souffrir de vos Frères : car vous demanderiez véritablement un miracle des plus inouïs et des plus extraordinaires. Ne vous y attendez donc pas pendant tout le cours de votre vie.» [4]  De La Salle était un fan du concret de la vie. Sa question régulière était : « Est-ce que les écoles fonctionnent bien? »

Il y a des implications de cette approche pour aujourd’hui… surtout aujourd’hui. Quelles pratiques édifiantes partageons-nous – soit directement dans nos interactions avec les étudiants, soit en ce qui concerne notre modélisation – au sujet de l’utilisation du cellulaire et de la technologie, par exemple? Le pape François a récemment déclaré que le fait d’impliquer les jeunes dans les détails pratiques de la vie chrétienne, de faire des œuvres de miséricorde les aide à se connecter dans la « vie concrète » et à « entrer dans une relation sociale ». « Cela m’inquiète qu’ils communiquent et vivent dans le monde virtuel », a-t-il dit, notant que lors d’une récente visite avec les jeunes, au lieu de lever la main quand ils l’ont vu, ils l’ont « accueilli » avec leur téléphone en l’air, en prenant alors des photos et des égoportraits. « Leur réalité, c’est que contact humain est évacué. C’est sérieux », a-t-il poursuivi. « Nous devons faire atterrir les jeunes dans le monde réel. Touchez la réalité, sans négliger les bonnes choses que le monde virtuel peut avoir. »[5]

Toucher régulièrement la surface ordinaire de la réalité s’applique à nous tous parce que cela tend à réaligner les autres détails de nos vies. Une postulante trappistine – maintenant une abbesse – parle de la façon dont elle cherchait la distraction de la routine monastique et de l’ennui, ce qui cachait en fait une fuite à confronter son soi intérieur. Elle a, un jour, demandé conseil à un moine en visite. « Son conseil fut simple et concret : et, à ce jour, il m’aide toujours à revenir là où ma vie est appelée à porter ses fruits. Il a dit: ‘Lève-toi et lave tes chaussettes’. Il n’a pas dit d’aller faire la lessive du couvent! Il a mentionné une petite action pour secouer l’ennui, la tristesse, la paresse, l’inertie, la lassitude. Une seule action peut guérir tout cela. [6]

Quelle est cette petite action importante pour vous et votre monde propre? Quelle est la chose que vous faites, ou que vous pourriez faire, pour réveiller votre attention d’une manière simple et explicite? Cela peut changer. Cela devrait changer. Mais il ne faut pas le rejeter. Dieu est présent dans les rencontres impromptues de la vie quotidienne. Aucune d’entre elles ne vaut qu’on les manque. Toutes portent le murmure doux et silencieux d’une rencontre authentique, voire intime, avec ce qui transforme le reste.

Et si les choses deviennent difficiles, peut-être devrions-nous sortir et arracher des mauvaises herbes, ou laver nos chaussettes.

Frère George Van Grieken, FSC


Note: cette réflexion lasallienne est tirée du Blogue de Frère George Van
Grieken qu’on peut lire sur le site de Lasallian Resource Center au: lasallianresources.org

Frère George Van Grieken, PhD, est un Frère des Écoles chrétiennes
américain, présentement chargé des Ressources et Recherches Lasalliennes
à la Maison Généralice de l’Institut des FÉC, à Rome en Italie. Il est
également le Directeur du Centre de Ressources Lasalliennes du
district de San Francisco – Nouvelle-Orléans à Napa en Californie.


On peut lire la réflexion lasallienne de novembre dans sa version originale ICI

[1] De La Salle, John Baptist, The Rules of Christian Decorum and Civility, trans. Richard Arnandez, ed. Gregory Wright, (Landover, MD: Christian Brothers Conference, 1990), Pg. 3.

[2] Ferdinand Buisson, quoted by Gregory Wright in his introduction of Christian Decorum, Ibid., Pg. XV.

[3] Ibid., Pg. 29.

[4] La Salle, John Baptist, Meditations by St. John Baptist de La Salle, trans. Richard Arnandez, and Augustine Loes, eds. Augustine Loes and Francis Huether, (Landover, MD: Christian Brothers Conference, 1994), Med. 73.2 (Pg. 161)

[5] Adapted from a CNA article: https://bit.ly/2Kot3sI – Retrieved October 15, 2020.

[6] From the Summer 2020 Redwoods Monastery (Whitethorn, CA) Newsletter – Sr. Karen Arce (redwoodsabbey.org)