Réflexion lasallienne de Pâques: la résurrection

Réflexion lasallienne de Pâques: la résurrection

Jésus-Christ, apparaissant à ses disciples le jour de la Résurrection, leur dit : “La paix soit avec vous,” pour nous faire connaître qu’une des principales marques qu’une personne mène une vie nouvelle, c’est-à-dire une vie intérieure et spirituelle, et qu’elle est ressuscitée avec Jésus-Christ, est quand elle a la paix au dedans d’elle-même.
– Saint Jean-Baptiste de La Salle (Méd 31,1,1) –

Que devons-nous faire de la résurrection ? Cette question est cruciale, car c’est une dimension centrale et constitutive de notre croyance.


“ S’il n’y a point de résurrection des morts, Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine. .” I Corinthiens 15,13-14         

Que voilà des mots forts et vrais.

J’aimerais vous partager une histoire que j’ai lue il y a des années et qui pourrait nous être utile.

Tôt un dimanche matin, un homme et trois jeunes enfants sont entrés dans un wagon de métro presque vide. Pendant que l’homme hébété s’asseyait tranquillement là, les enfants couraient partout, criaient et jouaient avec des choses que les quatre ou cinq autres passagers avaient avec eux, ce qui rendait tous les gens de plus en plus nerveux et impatients. Finalement, un passager s’est levé, a tapé sur l’épaule de l’homme et a dit: « Heille, mon gars, ne peux-tu pas contrôler tes enfants ? Ils causent un vacarme. » L’homme sortit de sa stupéfaction, leva les yeux, et dit tranquillement: « Oh, oui. Je suppose que je devrais faire quelque chose. Mais c’est probablement la seule façon pour eux de s’exprimer en ce moment. Vous voyez, nous arrivons de l’hôpital où leur mère vient de mourir.

Silence.

Instantanément, tout le groupe dans la voiture a fait un changement à 180 degrés dans leurs cœurs et leurs esprits. La colère et la frustration se sont immédiatement transformées en sympathie, compassion et empathie, qu’ils ont exprimé verbalement et avec des gestes de tendresse. Leur réalité personnelle limitée embrassait maintenant une réalité nouvellement connue, ce qui les a profondément changés.

Et une autre histoire qui se déroule pendant les guerres napoléoniennes :

Comme un navire britannique s’approchait d’un navire français et était prêt à faire feu de ses canons, le navire français mit en place un drapeau de trêve. Craignant un piège, les Britanniques s’approchèrent prudemment. Le Français est monté à bord, transportant des journaux d’Europe et a dit au capitaine britannique qu’un traité avait été signé et que la paix avait été déclarée, montrant les titres des journaux comme preuve. Le capitaine britannique s’écria : « Cela change le monde pour moi ! » L’animosité et une volonté destructrice ont basculé et sont devenues acceptation, bonheur, et même camaraderie, qu’ils ont exprimée verbalement et avec tout leur être. Leur réalité personnelle limitée embrassait dorénavant une réalité nouvellement connue, ce qui les a profondément changés.

L’histoire du Nouveau Testament relate une dynamique similaire, mais à une échelle beaucoup plus profonde et plus immense. Jésus prêchait la foi, l’amour et le pardon, mais cela le mena à la raillerie, à la moquerie et à la crucifixion. Pourquoi ne descend-il pas de la croix ? S’Il est Dieu, pourquoi ce silence ?

« Jésus est mort en silence, dans le silence de Dieu et dans l’incompréhension du monde (de souffrances tragiquement injustes, de guerres, de catastrophes, de pandémies, de maux quotidiens et de douleur profonde) … Où est Dieu dans tout cela ? Quelle est la réponse de Dieu ? La réponse de Dieu est dans la résurrection de Jésus et dans la résurrection éternelle de la bonté dans la vie elle-même. (…) La paix triomphe du chaos. Le pardon triomphe de l’amertume.  L’espoir triomphe du cynisme. La fidélité triomphe du désespoir. La vertu triomphe du péché. La conscience triomphe de la callosité. La vie triomphe de la mort » [1]

La foi chrétienne est une invitation personnelle à ce que notre réalité personnelle limitée embrasse la réalité nouvellement connue de la résurrection, et qu’elle en soit profondément changée; elle nous pousse à faire confiance à cette vérité. « Les personnes les plus reconnaissantes que nous connaissons sont celles qui ont peu de raisons apparentes de l’être », écrit Philip Yancey. Toutes les personnalités populaires et célèbres qu’il a interviewées se sont révélées à lui comme « les personnes les plus misérables que je n’ai jamais rencontrées ». Alors que les saints et les serviteurs inconnus qu’il a interviewés « émergent clairement comme les favoris, les comblés de grâces. (…) D’une certaine façon, en train de perdre leur vie, ils l’ont trouvé. Ils ont reçu la « paix qui n’est pas de ce monde. » [2]  Il s’est surpris à les envier.

La théologie est d’accord. « Pour être chrétien, il faut dorénavant une décision personnelle; le genre de décision qui transforme le coeur et soutient l’engagement à long terme. (…) Une spiritualité mature exige d’intégrer les expériences de base de sa vie en un tout devant Dieu … [y compris] la merveilleuse vérité que l’essence de Dieu s’est approchée en tant que dynamisme et objectif les plus intimes offerts au monde. [3]  Le centre tient quand la présence de Dieu est proche, réelle, active, et engagée.

C’est la foi qui fait la différence. « La foi code la longue expérience de l’humanité alors qu’elle cherche à comprendre et à répondre au mystère de l’existence. Cela nous aide à vivre mieux, plus généreusement, avec moins de peur et plus de plaisir que nous aurions pu le faire autrement. [4]La vie est transformée, pas terminée.

Maintenant, relisez la citation d’ouverture de De La Salle à nouveau et comprenez-la de ce point de vue.

Avec la résurrection, Dieu tend la main, nous invitant à nous accrocher alors que nous sommes sortis de notre colère et de notre frustration, de notre animosité et de notre destruction, vers une vie nouvelle, une vie profondément intérieure et spirituelle où la paix est la réalité fondamentale et où la vie est profondément transformée. Vraiment et en vérité!

  • Quelle expérience, perspicacité ou intuition « a changé le monde » pour vous?
  • Que pourriez-vous faire personnellement pour favoriser une vie plus profondément intérieure assise sur une paix durable?

Frère George Van Grieken, FSC


Note: cette réflexion lasallienne est tirée du Blogue de Frère George Van Grieken qu’on peut lire sur le site de Lasallian Resource Center au: lasallianresources.org

Frère George Van Grieken, PhD, est un Frère des Écoles chrétiennes américain, présentement chargé des Ressources et Recherches Lasalliennes à la Maison Généralice de l’Institut des FÉC, à Rome en Italie. Il est également le Directeur du Centre de Ressources Lasalliennes du district de San Francisco – Nouvelle-Orléans à Napa en Californie.



On peut lire la réflexion lasallienne de novembre dans sa version originale ICI

[1] Ronald Rolheiser – http://ronrolheiser.com/the-resurrection-as-vindicating-human-fidelity-and-gods-silence/#.YGJSaa9KguV (Retrieved March 30, 2021)”

[2] Yancey, Philip. I Was Just Wondering, (B. Eerdmans Publishing Company, 1989), p.91.

[3] Johnson, Elizabeth on Karl Rahner. Quest for the Living God (Bloomsbury Academic, 2007), p. 28-30.

[4] Sacks, Jonathan. Celebrating Life, (Bloomsbury, 2021), p. 10.