Lancement de La Laurentie en fleurs

Lancement de La Laurentie en fleurs

9 novembre 2023 Non Par Frères des Écoles chrétiennes

Le 8 novembre 2023 à l’université du Québec à Montréal avait lieu le lancement du dernier livre de M. Yves Gingras, spécialiste renommé de Frère Marie-Victorin. Pour ce faire, il s’est adjoint la précieuse collaboration de Frère Gilles Beaudet, également reconnu pour ses connaissances sur l’éminent Frère des Écoles chrétiennes. Tout comme M. Gingras, Frère Beaudet a lui-même publié plusieurs ouvrages sur le père de la Flore laurentienne.

Yves Gingras, auteur

Ce livre, qu’Yves Gingras avait en tête de puis longtemps, arrive en conjonction avec le 80e anniversaire du décès de Frère Marie-Victorin et le 100e anniversaire de l’ACFAS, organisme d’avancement des savoirs scientifiques au Québec qui fut fondé par Marie-Victorin lui-même. Sur une note plus personnelle, M. Gingras a confié aux invités présents qu’il sentait que l’énergie de Marie-Victorin est toujours à l’œuvre chez nous et continue de susciter l’intérêt.

Les Éditions du Boréal n’ont rien ménagé pour faire de La Laurentie en fleur, un livre magnifiquement réalisé avec les croquis originaux de la Flore Laurentienne. Son directeur, M. Jean Bernier, en a surpris plus d’un alors qu’il attira l’attention des détenteurs du livre sur la jaquette, dont on avait pris soin d’intégrer au papier fait main des graines de plantes florifères indigènes du Québec. Il invita les futurs lecteurs à déchirer la jaquette en petits morceaux pour les planter, les arroser, et attendre l’apparition des fleurs que Marie-Victorin aimait tant.

Frère Florent Gaudreault, Visiteur de la congrégation des Frères des Écoles Chrétiennes pour le District du Canada francophone, a magnifiquement introduit ce livre que Marie-Victorin lui-même aurait aimé écrire, avait-il dit en 1938.

Voici le texte de l’allocution de Frère Gaureault:

UQAM, le mercredi 8 novembre 2023

Le temps qui m’est imparti ne me permet pas de m’extasier bien longtemps devant la beauté des textes de F. Marie-Victorin dans le magnifique ouvrage La Laurentie en fleur. Je vous laisserai donc le loisir et le plaisir de vous y plonger et d’en être sans doute émerveillés, comme je le fus déjà à la lecture de quelques larges extraits. Je ne doute pas que vous serez éblouis par l’avant-gardisme de Marie-Victorin pour ce qui regarde la relation de l’humain avec la nature. Il fut un écologiste bien avant la lettre et avait pour la nature un respect qui ne s’est jamais démenti et qui l’a sûrement amené à la mieux connaître et à la faire respecter et aimer. Le monde judéo-chrétien a trop longtemps pris à la lettre les récits poétiques de la création qui invitaient à la domination de la création, comme si l’être humain n’en faisait pas intégralement partie, comme s’il était au-dessus de tout et pouvait en faire un peu ce qu’il voulait. Marie-Victorin a eu de cela une tout autre compréhension. Ce que M. Gingras et F. Gilles Beaudet écrivent dans l’introduction nous aidera sûrement à mieux saisir et admirer le personnage que fut F. Marie-Victorin. Je les félicite de cette présentation introductrice hors du commun.

F. Gilles Beaudet, justement, mon savant confrère, m’a contacté il y a quelque temps et m’a demandé de prendre la parole ce soir en son nom, son état de santé ne lui permettant pas de se déplacer pour le faire lui-même. Il m’a prié (et je le cite) d’exprimer « toute la reconnaissance que j’ai pour la générosité de M. Gingras de m’avoir associé à cette publication ». En passant, j’ai visité F. Gilles hier et ses quelque 93 ans n’ont en rien altéré sa lucidité et son dynamisme…

À la lecture de tous les textes qu’a écrits F. Marie-Victorin, nous ne pouvons qu’admirer sa puissance de création littéraire, la virtuosité de son verbe, la richesse de son talent pour des descriptions vivantes, la profondeur de ses réflexions. Comme me l’a souligné F. Gilles, Marie-Victorin savait, à la manière de l’éminent savant naturaliste et entomologiste français Jean-Henri Fabre, un personnage absolument fascinant, auteur d’innombrables textes, et récipiendaire de dizaines de prix et décorations, et mort en 1915, F. Marie-Victorin savait, donc, à la manière de Fabre, comme me l’a écrit F. Gilles, « élever l’âme à Dieu en admirant les merveilles de sa création ». Je crois d’ailleurs que l’on peut dire de Marie-Victorin ce qu’a écrit sur Fabre Jean Rostand, de l’Académie française : « Un grand savant qui pense en philosophe, voit en artiste, sent et s’exprime en poète ». Il n’est pas surprenant que le romancier québécois Réjean Ducharme, auteur de L’Avalé des avalés, qui n’avait à la fin de sa vie qu’une bibliothèque très réduite, toute composée de livres de poésie, mais au milieu desquels se trouvait… La Flore laurentienne. « À cause de la beauté des descriptions », avait-il dit à la journaliste, qui s’était étonnée d’y observer un livre scientifique. La Flore laurentienne, donc, un ouvrage de haute science et d’admirable écriture.

Je terminerai par un extrait, un peu long, mais nullement longuet…, de F. Marie-Victorin; il me fut envoyé par F. Gilles. Le texte est de 1934. Marie-Victorin s’était arrêté en Bavière (sud de l’Allemagne) pour assister au grand spectacle de la Passion dans la ville d’Oberammergau. Je le cite, voyant dans ce texte une illustration de ce que je mentionnais il y a quelques instants, à savoir la virtuosité du verbe de l’auteur, la richesse de son talent pour des descriptions vivantes et la profondeur de ses réflexions ; voici donc, et je cite :

« L’homme de science, réaliste par profession et par méthode, reçoit ici un choc en plein cerveau.

Il perçoit nettement que quelque chose ici s’évade de la chaîne fatale des déterminismes naturels,

que l’irradiation puissante du spirituel qui déferle sur cette foule est la marque  qu’il existe un ordre de choses irréductible aux modalités de la matière,

 et qui n’a pas de place ni sur les plateaux de nos balances, ni sur les platines de nos microscopes,

que n’atteint pas la  puissante batterie des télescopes modernes. …«

« Et, marchant au milieu des paysans bavarois qui rentrent chez eux après le spectacle, la grande angoisse l’envahit, l’angoisse de Littré devant l’océan sans rivage, sans barque ni voiles, l’angoisse de Léonard de Vinci partagé entre l’énigme mathématique et l’énigme du Christ, l’angoisse de Pascal devant le mystère du monde profilé sur l’insondable mystère de Dieu.

« Devant ces terribles énigmes, deux types d’hommes (de femmes) pensants sont en présence, deux méthodes, deux attitudes :  l’homme de la science positive, et l’homme de la divination mystique; le savant et le mystique, François Bacon et François d’Assise.

« Nos âmes modernes sont déchirées par l’antagonisme apparent de ces deux tendances, de ces deux noblesses, de ces deux aspirations violentes vers l’infini. Elles sont bouleversées par la confrontation inattendue d’un riche héritage spirituel venu du fond des âges chrétiens et de la révélation d’une perspective nouvelle et effarante de profondeur : la Science.

… « Ici, en ce village bavarois, pendant que montait dans la nuit froide et bleue l’éternel mystère des étoiles, j’ai rêvé que le monde moderne sera sauvé par un homme nouveau que nous attendons… Il réunira en la forte matrice de son âme les deux pensées, les deux sagesses, et de cette puissante fécondation naîtra le salut spirituel du monde, ou, si vous le voulez, le salut du monde de l’esprit. Car le salut du monde de l’esprit, qu’est-ce autre chose que la communion à la beauté essentielle de la Vérité, de toute Vérité, c‘est-à-dire au Divin ! »      (Frère Marie-Victorin)

En terminant, je me fais un devoir et un grand plaisir de remercier très cordialement M. Yves Gingras, le héros de ce soir, chercheur, professeur et écrivain émérite, pour avoir pris l’initiative de publier un tel florilège (La Laurentie en fleur), qui fera notre bonheur à tous et à toutes et, espérons-le, celui d’innombrables lecteurs et lectrices passionnés de vérité et de beauté. D’ailleurs, si je peux me permettre, quel beau présent de Noël en perspective!… Merci, M. Gingras, vraiment, et toutes nos félicitations!

                                                                                                                                     F. Florent Gaudreault

                                                                                                                                     Montréal

                                                                                                                                     Le 8 novembre 2023