Réflexion du Conseiller général F. Tim Coldwell à l’occasion de la fête du Fondateur
7 avril, 2020
Il y a quelques mois, bien avant que nous cessions de nous rassembler pour les services religieux, une fillette de quatre ans avait une question pour sa mère pendant la messe.
Fillette : Maman, (énergiquement), où est Jésus ?
Mère: (chuchote une réponse, que la fille trouve inacceptable)
Fillette: Non, où est-IL ?
Mère: Il est au paradis.
Fillette: Quand est-ce que je peux le voir ?
Mère: Quand tu iras au paradis.
Fillette: C’est quand ?
Mère: J’espère que quand tu seras très vieille.
Fillette: Arghhhhhh. Ca va prendre une éternité.
La notion du temps ressenti de cette enfant de quatre ans est plus ou moins sur la cible. Une vie se perçoit en effet comme « pour toujours ». Dernièrement, nous avons tous recalibré notre sens du temps ressenti. Les marqueurs familiers ne sont plus là et les façons dont nous travaillons, avec en arrière-pensée un réflexe de prévoir une échéance pour les tâches, ne semblent plus s’appliquer. Cette odyssée sur laquelle nous nous trouvons embarqués est pleine d’incertitudes ; la boussole et l’horloge ne semblent pas être en phase avec la vie. Le regretté poète irlandais Seamus Heaney atteint la cible quand il écrit: «L’avenir [est] une action en hibernation. »
C’est au milieu de cela que nous arrivons à la fête annuelle de saint Jean-Baptiste de La Salle, fondateur des Écoles Chrétiennes et des Frères qui s’associèrent ensemble pour les diriger. Saint homme qu’il était, il n’était pas «d’un autre monde», il était partie prenante du monde et en phase avec la vie quotidienne. On voit d’ailleurs des parallèles avec saint François d’Assise, en ce sens qu’il a été attiré dans deux directions : le silence, la solitude et la séparation d’une part, et la rencontre, l’engagement et l’expérience de l’autre. Comme François, Jean-Baptiste a appris à trouver le sacré au cœur de la réalité laïque, le divin dans l’humain, et le cœur de l’humanité au cœur de Dieu. Il a fait de l’œuvre de sa vie l’accomplissement de la prière de Jésus: que votre règne vienne, sur la terre comme au ciel.
Il y a quelques pratiques spirituelles que De La Salle a cultivées dans sa vie pour percevoir la présence sacrée dans la vie quotidienne. Ils sont toujours d’actualité pour aujourd’hui, même si nous nous trouvons un peu déséquilibré avec l’anxiété et la peur. Il a prêté attention aux moments quotidiens de grâce. Considérez la grâce comme une bonté, une consolation ou une inspiration écrivait De La Salle qui était convaincu que nous étions toujours en présence sainte et que si nous regardions la vie avec cette conviction, nous ne pouvions pas manquer les signes de ce soutien constant et affectueux. Ce fut la première étape de la pratique spirituelle; la seconde était de répondre à cette grâce. Tout comme nous répondons avec appréciation, joie et amour au don ou à la bonté ou à l’encouragement de quelqu’un, quand la bonté de Dieu apparaît, nous pouvons sentir une invitation à répondre en nature. Dans une méditation, il a écrit de cela comme «fidélité à la grâce»: «Vous pouvez faire plusieurs miracles, et à votre égard, par une entière fidélité à la grâce, ne laissant échapper aucun mouvement sans y correspondre . . . » (180.3).
Une deuxième pratique était la prière intérieure. Il y a trois semaines, l’homme qui m’a enseigné la méthode de prière intérieure de De La Salle, Frère Ralph Baltz, est mort à 99 ans. J’étais postulant, dans ma première année au Collège de Santa Fe. Au fil des ans, j’ai appris que le raffinement et l’intégration de cette méthode prend toute une vie, mais aussi que sa pratique spirituelle quotidienne offre des récompenses quotidiennes. Ce que Frère Ralph m’a transmis, c’est ce que De La Salle voulait que nous découvrions, que nous avons une relation directe et non médiatisée avec Jésus-Christ. Nous avons accès, si c’est la bonne façon de le dire, à la présence vivante de l’amour en nous. Jésus vit dans nos profondeurs, c’est-à-dire dans notre cœur et notre âme.
Nous avons tendance à penser à la capacité de sentir la réalité intégrée du sacré dans la vie quotidienne comme étant accessible qu’aux saints et aux mystiques. Je ne le crois pas. Frère Ralph ne le pensait pas, et De La Salle ne le pensait pas non plus. Ces deux pratiques, en prêtant attention aux moments de grâce de la vie quotidienne et en prêtant attention aux lames de fond sacrées dans les profondeurs des moments de silence, nous offrent des portails à travers lesquels nous pouvons rencontrer Jésus bien avant que nous soyons très vieux!
De la page de réflexion du Conseiller général
Par Frère Timothy Coldwell, FSC
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