Réflexion lasallienne de décembre
“Parce que vous devez préparer le cœur des autres à la venue de Jésus-Christ, vous devez d’abord disposer votre propre cœur pour être entièrement rempli de zèle, afin de rendre vos paroles efficaces dans ceux que vous enseignez.” [1] – Saint Jean-Baptiste de La Salle –
Bon. Disons que ce fut toute une année d’entraînement pour le temps de l’Avent, pour attendre, attendre et attendre encore un peu plus longtemps toutes sortes de choses. Un vaccin ? Une élection américaine à venir? Un changement dans le racisme systémique? Une réforme du cléricalisme de l’Église, entre autres choses ? Une visite d’amis, de parents, de voisins, ou même d’étrangers? Une région de couleur Covid-19 différente? Une messe en personne, en trois dimensions et en mode « bain de foule » ?
Mais l’Avent n’est pas un temps qui propose d’attendre un « retour à la normale ». Il s’agit d’un genre d’attente beaucoup plus engageante et optimiste parce que c’est « une saison pour entrer en contact avec nos aspirations les plus profondes. Comme Marie, nous attendons patiemment, préparant un utérus dans lequel Christ peut naître » [2]. C’est plutôt attendre le printemps, pour la floraison rééditée de choses profondes, riches et merveilleuses, apportant avec elle son lot de parfums glorieux, de complexités, de couleurs et de beauté pure. C’est un printemps pour nos âmes.
Chacun de nous, se souvient de ses différentes expériences printanières parsemées dans le paysage de nos vies telles un champ de jonquilles. Une conversation avec un professeur d’université, qui a repris votre questionnement au sujet de sa présentation, a formulé la question mieux que vous n’aurez jamais pu le faire, et qui vous a ensuite gentiment expliqué pourquoi vos hypothèses étaient fausses. La visite d’un musée où, au détour d’un corridor, vous vous êtes retrouvé en tête-à-tête avec une peinture d’El Greco, isolée dans son propre espace, qui vous stupéfait par son intensité tranquille et son drame, élevant la puissance de l’art à un tout autre niveau. Une rencontre avec un petit groupe d’étudiants en retraite, pour qui vous avez pu être l’auditeur attentif de ce qu’ils désiraient, une expérience qui a approfondi votre appréciation de l’accompagnement — par vous, par les autres, par Dieu — comme autant d’occasions de se sentir honoré de vivre cela. Le sermon ou la lecture qui répondait à une question brûlante ou qui a fait surgir une décision difficile. La réponse réticente à une demande de faire, d’aller ou d’être disponible pour quelque chose, qui finalement conduit à des rivages inattendus et de tout nouveaux horizons. Toutes ces manifestations sont des désirs plus profonds, des signes avant-coureurs de ce que le printemps de l’Avent de cette année peut encore apporter.
L’Avent signifie essentiellement rester éveillé « à la vérité que Dieu est avec nous même lorsque la plupart de tout ce qui est dans nos vies et dans le monde semble démentir cela ». [3] Pour ceux qui sont dans l’éducation lasallienne, rester éveillé nous invite à « disposer de nos propres cœurs pour être entièrement remplis de zèle, afin de rendre nos paroles efficaces dans ceux qui sont confiés à nos soins ». [4] Rappelez-vous les enseignants qui n’étaient pas efficaces et nous ont endormis, non pas parce qu’ils manquaient de connaissances, mais parce qu’ils manquaient de zèle (ou de passion), ce qui ne se trouve pas dans les gestes et les cris forts, mais dans une intensité de but et d’attention qui brûle dans les cœurs.
Pour la plupart d’entre nous, c’est un zèle éveillé et encouragé par des conversations que nous avons régulièrement. David Brooks offre des conseils pour approfondir les conversations, comme des questions ouvertes ou élevées. Mais une véritable attention et l’approche des autres « avec admiration » font la vraie différence : « Il est préférable d’agir comme si l’attention avait un interrupteur « on/off », sans gradateur. Mise au point totale ». Pourquoi? Parce qu’ « une conversation plus profonde renforce la confiance, qui est l’oxygène de la société, précisément ce qui nous manque en ce moment ». [5]
C’est peut-être le rabbin Jonathan Sacks, récemment décédé, qui l’a dit le mieux : « La conversation est une sorte de prière. Parce que dans la conversation, en tendant la main à l’autre humain, nous initions le chemin pour tendre la main au divin ». Une vingtaine d’années plus tôt, sa description de la conversation qu’il a eue quand il était beaucoup plus jeune, parcourant 3000 miles pour visiter un chef rabbinique juif international plutôt discret, et non charismatique, fait le même constat en ce qui concerne l’écoute. « En quittant la pièce, il m’est venu à l’esprit que cette rencontre fut en définitive remplie à la fois de ma présence et de son absence. C’est peut-être ce qu’est l’écoute, considéré comme un acte religieux. Je savais alors que la grandeur se mesure à notre capacité à nous effacer. Il n’y avait rien d’hautain à ses manières; il n’y avait pas non plus de fausse modestie. Il était serein, digne, majestueux; un homme d’humilité transcendant qui vous a pris dans son étreinte et vous a appris à lever les yeux ». [7] Quelle belle façon de parler de la rencontre d’enseignement remplie de grâce, animée par ce que De La Salle appelle l’Esprit de Foi et de Zèle.
Pendant ce temps de l’Avent, peut-être pouvons-nous – dans nos conversations, nos choix de lecture, nos habitudes en ligne, nos pratiques de prière et nos désirs conscients plus profonds – regarder un peu plus en hauteur et regarder un peu moins vers le bas. Parce qu’alors, les jonquilles enfouies profondément dans le sol de nos vies auront une chance de croître, d’émerger et de fleurir une fois de plus, en s’imprégnant de la générosité du soleil et en améliorant la beauté inhérente de nos vues locales.
C’est en effet quelque chose qui vaut la peine d’être désiré (et de faire en sorte que cela survienne).
Frère George Van Grieken, FSC
Note: cette réflexion lasallienne est tirée du Blogue de Frère George Van Grieken qu’on peut lire sur le site de Lasallian Resource Center au: lasallianresources.org Frère George Van Grieken, PhD, est un Frère des Écoles chrétiennes américain, présentement chargé des Ressources et Recherches Lasalliennes à la Maison Généralice de l’Institut des FÉC, à Rome en Italie. Il est également le Directeur du Centre de Ressources Lasalliennes du district de San Francisco – Nouvelle-Orléans à Napa en Californie.
La version originale en format PDF est ICI
Photo par Gert Spießhofer dans Pixabay
[1] De La Salle, John Baptist, Meditations by St. John Baptist de La Salle, trans. Richard Arnandez, and Augustine Loes, eds. Augustine Loes and Francis Huether, (Landover, MD: Christian Brothers Conference, 1994), 36 (Meditation 2.2 – The Second Sunday of Advent)
[2] Rolheiser, Ronald. Liturgical Press, “Give Us This Day” November 2020, 298-299.
[3] Rolheiser, op. cit.
[4] This is the opening quotation from De La Salle, slightly altered.
[5] Brooks, David. The New York Times, November 19, 2020. “Nine Nonobvious Ways to Have Deeper Conversation.” https://www.nytimes.com/2020/11/19/opinion/nine-nonobvious-ways-to-have-deeper-conversations.html
[6] Sacks, Jonathan. On Being Studios. https://soundcloud.com/onbeing/rabbi-sacks-conversation-is-a Retrieved November 30, 2020
[7] Sacks, Jonathan. The Tablet, 1 April, 2000, 451.


