Réflexion d’une volontaire lasallienne
En février dernier, Marielle Gendron, directrice adjointe aux opérations au Camp De-La-Salle, a eu la chance de réaliser un séjour d’un mois dans la communauté lasallienne de Scampia, près de Naples, en Italie. Voici sa réflexion sur son expérience.
Un mois à Scampia, une première ouverture sur le monde lasallien
Jamais je n’aurais imaginé qu’un emploi de monitrice de camp m’amènerait, quelques années plus tard, à passer un mois à Scampia, dans le sud de l’Italie. Pourtant, après sept saisons au sein d’une œuvre lasallienne, le Camp De-La-Salle, cette expérience s’inscrivait naturellement dans mon parcours. Ce sont d’ailleurs quelques coïncidences, ainsi qu’un projet porté par Antoine, qui m’ont permis de découvrir une autre réalité du monde lasallien et, surtout, de prendre un pas de recul sur celle que je connais depuis plusieurs années.

J’ai eu la chance de m’immiscer dans le quotidien de Casarcobaleno et d’être témoin du travail acharné
des frères, des bénévoles, des éducateurs et d’autres acteurs œuvrant auprès d’une centaine d’enfants aux parcours différents. Un zèle à l’état pur, déployé pour leur offrir l’accès à l’école, des vêtements, de la nourriture, des lieux sécurisants pour jouer et être eux-mêmes, entourés d’adultes signifiants. J’y ai reconnu une manière de s’engager auprès des jeunes qui m’a profondément marquée. Plongée dans une réalité qui m’était étrangère, j’ai pu moi aussi contribuer à ma façon : en jouant avec eux, en étant présente pour eux à leur retour de l’école, en les aidant avec leurs devoirs de mathématiques, en leur enseignant l’anglais, et eux, en retour, m’enseignaient l’italien, ou encore en les laissant me faire leur présentation orale ou me résumer un roman, même si je ne comprenais pas toujours tout ! J’ai découvert que tisser des liens forts au-delà de la langue était possible.
Cette découverte, je l’ai aussi vécue en vivant pour la première fois dans une communauté dont je ne connaissais ni les habitudes ni les codes, et dans laquelle j’arrivais comme une étrangère. Et pourtant, j’ai été accueillie comme si j’étais des leurs. J’ai fini par trouver ma place dans leur quotidien : autour des repas, dans les discussions, dans les tâches, en partageant des moments de musique et même dans les moments de prière.

La communauté bâtie à Scampia par Enrico m’apparaît aujourd’hui comme un élément essentiel de la force d’une équipe. Des personnes qui choisissent de vivre ensemble, de partager leur quotidien et de prendre soin les unes des autres puisent probablement, dans cette communauté même, la force de donner autant d’elles-mêmes aux jeunes. Leur engagement ne repose pas uniquement sur une tâche ou un horaire de travail : il est nourri par les relations qu’ils tissent entre eux, par le sentiment d’appartenance et par la mission forte qu’ils partagent. C’est à Scampia que j’ai commencé à comprendre cette réalité, et à réaliser que toute l’attention que nous portons à l’accueil au Camp De-La-Salle n’y est pas pour rien dans la grandeur de ce que nous cherchons à faire chez nous, et n’est pas étrangère au monde lasallien.
Pour la première fois, je peux donc mettre un mot sur quelque chose que j’observe depuis plusieurs années au Camp De-La-Salle. Quand les moniteurs parlent de leur été, ils reviennent presque toujours sur la même chose : vivre avec leurs amis, partager des espaces et des moments, prendre les repas ensemble, se soutenir, rire ensemble, être entourés des mêmes personnes pendant plusieurs semaines est leur raison première de revenir au camp. Dans les cahiers de fin d’été, c’est souvent parmi les premières choses qu’ils nomment lorsqu’on leur demande ce qu’ils ont préféré de leur été, souvent même placé avant leur travail auprès des campeurs. Pendant longtemps, nous avons abordé cela avec un peu d’humour. Entre gestionnaires, on disait que les moniteurs travaillaient au camp pour les mauvaises raisons. Mais si on se trompait ? Et si ce qui nous semblait être un aspect secondaire de leur expérience était en fait à la base de tout le reste ? Et si cette vie partagée était justement ce qui leur permettait de travailler avec autant d’énergie, de patience et de zèle auprès des jeunes pendant huit semaines loin de chez eux ? Année après année, ils reviennent et parlent de leurs collègues, de leurs amis, de leur « gang », comme d’une deuxième famille.

Je veux maintenant être capable de nommer cette réalité. Je veux en parler avec mes moniteurs. Je veux leur dire, dès le début de la saison, qu’ils n’embarquent pas seulement dans un emploi d’été, mais dans quelque chose de plus grand, qui demande de s’impliquer, de prendre soin des autres, d’accepter de faire une place à chacun et de contribuer à la vie collective. Quelque chose qui peut parfois être exigeant, mais qui donne aussi la force de traverser les moments difficiles et de donner le meilleur de soi-même.
Cette façon de faire communauté s’inscrit profondément dans notre ADN lasallien. La mission ne se réalise pas seule. Elle se réalise avec les autres, dans les relations que nous construisons et dans la manière dont nous prenons soin les uns des autres.
Mon cœur a été touché. En tant que gestionnaire d’une œuvre lasallienne, qu’éducatrice, et en tant que personne, j’en resterai changée.


